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Pourquoi ce blog ?

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Les histoires à dormir debout sont celles qui nous tiennent le mieux éveillés

Marthe Robert

 

Média Weppes est le réseau des médiathèques de cinq communes rurales situées dans la grande banlieue lilloise, les Weppes, au nord-ouest de Lille. Ces cinq communes sont Aubers, Bois-Grenier, Fromelles, Radinghem-en-Weppes, Le Maisnil. Ce réseau était une des structures importantes de la Communauté de Communes de Weppes, qui regroupait les cinq villages, avant que celle-ci ne fusionne avec la MEL, la Métropole Européenne Lilloise le 1er janvier 2017.

Cette fusion n’a pas entamé la volonté des parties prenantes de maintenir et de développer le réseau Média Weppes, à la satisfaction des nombreux usagers qui continuent ainsi à tirer profit de la circulation d’une médiathèque à l’autre, tant des personnes que des documents ou des animations. Sauf la salariée d’une commune, le réseau n’est animé que par des bénévoles.

Ce blog n’a qu’un seul but : contribuer à la vie culturelle par des échanges qui prennent la forme de brefs coups de cœur, parfois de développements un peu plus circonstanciés, peut-être aussi de billets d’humeur.

« La Plus secrète mémoire des hommes » de Mohamed Mbougar Sarr

En 2018, un jeune écrivain sénégalais veut retrouver la trace du « Rimbaud nègre », auteur d’un ouvrage « Le Labyrinthe de l’inhumain » paru en 1938 et qui a fait scandale. Le récit se déploie tout au long de l’Histoire du XXème siècle. De la France au Sénégal ou encore à l’Argentine, on passe d’une époque à l’autre et d’un narrateur à l’autre : la vérité est en effet plurielle. La culture occidentale se mêle aux cultures africaines. La construction savante, aux multiples références littéraires, se fait hymne à la littérature. Une lecture exigeante qui enthousiasmera les amateurs de littérature. Prix Goncourt 2021.

« Enfant de salaud » de Sorj Chalandon

Un roman ancré dans la vie du romancier. Ce dernier est trahi par son père mythomane, ce « salaud » qui n’a cessé de lui mentir sur son comportement lors de la seconde guerre mondiale. L’auteur découvre que ce père n’a cessé de changer de camp selon les rapports de force du moment. Sorj Chalandon journaliste enquête tout en assistant, son père présent dans la salle, au procès Barbie. L’auteur transmue ses « larmes » en « encre » au long d’un récit captivant qui narre la recherche désespérée et désespérante du père.

« Chevreuse » de Patrick Modiano

Dans son dernier roman Modiano, notre prix Nobel de littérature, fait du super Modiano. Le héros, Jean Bosmans, le double de l’auteur, est hanté par des personnes fantomatiques côtoyées lors de son enfance. Il se plonge dans ses souvenirs pour s’en affranchir. Cet ouvrage de 150 pages enchantera les « fans » de Modiano qui acceptent de se perdre dans les débuts de l’œuvre, telle une mémoire en quête du passé, pour trouver progressivement ses repères à mesure que la mémoire se fixe. Une prose époustouflante, comme toujours chez cet artiste !

« Premier sang » d’Amélie Nothomb

Ce court roman tient de la biographie. La romancière fait revivre son père récemment décédé en lui donnant la parole. Ce dernier « raconte » les 28 premières années de sa vie : une enfance sans père (ni mère ?), les grands parents aristocrates belges, les premières amours, son rôle lors d’une prise d’otages au Congo en 1964 alors qu’il est consul. Un témoignage d’affection, régulièrement émouvant, rendu par une fille à son père disparu. Prix Renaudot 2021.

« Les Imbattables » de Sarah Maeght

Basile, 9 ans, surdoué, est passionné par Prévert. Victoire, 23 ans, sa baby-sitter, étudiante, rêve de partir étudier aux USA. Ils vivent ensemble une semaine folle à Paris. Ce roman traite des questions des enfants incompris, des parents absents, des problèmes des étudiants, de la quête de soi. On est séduit par l’humour et le sens de la répartie de Basile, dont le caractère affirmé ne cesse d’opposer ce qui est « digne » et ce qui est « indigne ».

« Deux fleurs en hiver » de Delphine Pessin

Capucine, une lycéenne en Bac Pro, choisit de faire son stage de deux mois en EHPAD, « le Bel Air ». Violette, une personne âgée dont la santé est dégradée, entre contre son gré dans cet établissement. Elles se rencontrent lors de leur premier jour pour chacune d’elles ; une amitié naît entre ces deux personnes très différentes. L’autrice nous fait découvrir la vie en EHPAD du côté des résidents et des soignants. Son beau roman jeunesse, émouvant, plaira à plus d’un adulte.

« Rien ne t’appartient » de Nathacha Appanah

Dans la première partie du roman, on suit la fin de la vie de Tara, à demi démente, une fin de vie tourmentée depuis que son mari est mort et que son passé resurgit sous forme de spectre. La seconde partie du roman nous raconte sa vie dans un pays qui n’est pas identifié. Elle n’était pas Tara, mais Vijaya, Victoire, un prénom tragiquement ironique. Celle qui avait tous les atouts pour une vie de bonheur se retrouve démunie de tout : « Rien ne t’appartient ». Naître fille, devenir « une fille gâchée » parce que, fille, vous épanouissez en toute liberté votre sensualité, vous condamne à être privée de tout, et notamment de votre corps. Ce court roman, au style brillant qui multiplie les ellipses, séduira le lecteur qui aime que les choses soient dites avec retenue, pudeur, mais sans rien édulcorer d’une vie qui voit les rêves de l’enfance s’effondrer.

« Le siècle » de Ken Follett

Trois tomes, 3200 pages ! Elles se dévorent… comme on en a l’habitude avec Ken Follett. Cinq familles (russe, américaine, anglaise, galloise, allemande) sont plongées dans l’Histoire mondiale tourmentée du XXème siècle, de la guerre 14-18 à la chute du mur de Berlin en 1989. Cette Histoire, avec ses troubles sociaux, économiques, politiques, ses totalitarismes, ses barbaries, est racontée et analysée dans un roman palpitant à l’intrigue qui tient en haleine. Les amateurs d’histoires sont comblés ; les férus d’Histoire le sont également : on apprend beaucoup à la lecture ces pages.

« La Carte postale » d’Anne Berest

Anne Berest, dans une enquête digne du roman policier, reconstitue le destin de la famille juive Rabinovitch, sa famille, sur 5 générations, 4 de ses ancêtres étant morts à Auschwitz. Elle évoque la fuite de Russie, les séjours en Lettonie et en Palestine, l’arrivée en France alors que le nazisme triomphe. Ce roman sur l’antisémitisme n’a rien de morbide. Il redonne vie à des personnes que le nazisme voulait effacer de l’Histoire. Et il pose des interrogations lancinantes. Comment être condamné à la chambre à gaz pour une religion qu’on ne pratique pas ? Qu’est-ce qu’être juif alors qu’on ignore tout de cette religion ? PASSIONNANT !

« Les Impatientes » de Djaïli Amadou Amal

La romancière, camerounaise musulmane, a été mariée deux fois de force avant de s’enfuir pour échapper aux violences conjugales. Elle s’inspire de sa vie en racontant le destin tragique de trois femmes en proie à la violence des pères, des oncles, des maris polygames aux épouses jalouses, trois femmes auxquelles la religion ne cesse de prêcher la « patience » : « au bout de la patience, il y a le ciel ». Le roman se fait témoignage accusateur, réquisitoire virulent, en peignant le calvaire de ces femmes du Sahel camerounais qui ne peuvent que se soumettre au joug avilissant des hommes, lesquels, au nom de la tradition religieuse, en font des esclaves. Un roman coup de poing. Prix Goncourt des lycéens 2020.