« Premier sang » d’Amélie Nothomb

Ce court roman tient de la biographie. La romancière fait revivre son père récemment décédé en lui donnant la parole. Ce dernier « raconte » les 28 premières années de sa vie : une enfance sans père (ni mère ?), les grands parents aristocrates belges, les premières amours, son rôle lors d’une prise d’otages au Congo en 1964 alors qu’il est consul. Un témoignage d’affection, régulièrement émouvant, rendu par une fille à son père disparu. Prix Renaudot 2021.

« Les Imbattables » de Sarah Maeght

Basile, 9 ans, surdoué, est passionné par Prévert. Victoire, 23 ans, sa baby-sitter, étudiante, rêve de partir étudier aux USA. Ils vivent ensemble une semaine folle à Paris. Ce roman traite des questions des enfants incompris, des parents absents, des problèmes des étudiants, de la quête de soi. On est séduit par l’humour et le sens de la répartie de Basile, dont le caractère affirmé ne cesse d’opposer ce qui est « digne » et ce qui est « indigne ».

« Deux fleurs en hiver » de Delphine Pessin

Capucine, une lycéenne en Bac Pro, choisit de faire son stage de deux mois en EHPAD, « le Bel Air ». Violette, une personne âgée dont la santé est dégradée, entre contre son gré dans cet établissement. Elles se rencontrent lors de leur premier jour pour chacune d’elles ; une amitié naît entre ces deux personnes très différentes. L’autrice nous fait découvrir la vie en EHPAD du côté des résidents et des soignants. Son beau roman jeunesse, émouvant, plaira à plus d’un adulte.

« Rien ne t’appartient » de Nathacha Appanah

Dans la première partie du roman, on suit la fin de la vie de Tara, à demi démente, une fin de vie tourmentée depuis que son mari est mort et que son passé resurgit sous forme de spectre. La seconde partie du roman nous raconte sa vie dans un pays qui n’est pas identifié. Elle n’était pas Tara, mais Vijaya, Victoire, un prénom tragiquement ironique. Celle qui avait tous les atouts pour une vie de bonheur se retrouve démunie de tout : « Rien ne t’appartient ». Naître fille, devenir « une fille gâchée » parce que, fille, vous épanouissez en toute liberté votre sensualité, vous condamne à être privée de tout, et notamment de votre corps. Ce court roman, au style brillant qui multiplie les ellipses, séduira le lecteur qui aime que les choses soient dites avec retenue, pudeur, mais sans rien édulcorer d’une vie qui voit les rêves de l’enfance s’effondrer.

« Le siècle » de Ken Follett

Trois tomes, 3200 pages ! Elles se dévorent… comme on en a l’habitude avec Ken Follett. Cinq familles (russe, américaine, anglaise, galloise, allemande) sont plongées dans l’Histoire mondiale tourmentée du XXème siècle, de la guerre 14-18 à la chute du mur de Berlin en 1989. Cette Histoire, avec ses troubles sociaux, économiques, politiques, ses totalitarismes, ses barbaries, est racontée et analysée dans un roman palpitant à l’intrigue qui tient en haleine. Les amateurs d’histoires sont comblés ; les férus d’Histoire le sont également : on apprend beaucoup à la lecture ces pages.

« La Carte postale » d’Anne Berest

Anne Berest, dans une enquête digne du roman policier, reconstitue le destin de la famille juive Rabinovitch, sa famille, sur 5 générations, 4 de ses ancêtres étant morts à Auschwitz. Elle évoque la fuite de Russie, les séjours en Lettonie et en Palestine, l’arrivée en France alors que le nazisme triomphe. Ce roman sur l’antisémitisme n’a rien de morbide. Il redonne vie à des personnes que le nazisme voulait effacer de l’Histoire. Et il pose des interrogations lancinantes. Comment être condamné à la chambre à gaz pour une religion qu’on ne pratique pas ? Qu’est-ce qu’être juif alors qu’on ignore tout de cette religion ? PASSIONNANT !

« Les Impatientes » de Djaïli Amadou Amal

La romancière, camerounaise musulmane, a été mariée deux fois de force avant de s’enfuir pour échapper aux violences conjugales. Elle s’inspire de sa vie en racontant le destin tragique de trois femmes en proie à la violence des pères, des oncles, des maris polygames aux épouses jalouses, trois femmes auxquelles la religion ne cesse de prêcher la « patience » : « au bout de la patience, il y a le ciel ». Le roman se fait témoignage accusateur, réquisitoire virulent, en peignant le calvaire de ces femmes du Sahel camerounais qui ne peuvent que se soumettre au joug avilissant des hommes, lesquels, au nom de la tradition religieuse, en font des esclaves. Un roman coup de poing. Prix Goncourt des lycéens 2020.

« La Sainte Touche » de Djamel Cherigui

Ce premier roman est rédigé par un autodidacte, un épicier roubaisien qui, en attendant le client, a lu, beaucoup lu. Le narrateur, un jeune paumé mis à la porte par son père, tombe entre les mains d’un… épicier (!) qui n’a qu’un but : faire de l’argent, peu importe les moyens. Il est alors entraîné dans des aventures improbables. Mais ce n’est pas l’intrigue qui fait l’intérêt de ce roman, c’est son écriture. Djamel Cherigui stylise la langue parlée argotique, dans la ligne de Céline, pour créer un univers cocasse, fantaisiste, qui n’exclut pas une certaine tendresse. C’est ainsi qu’on apprend que « la sainte touche » est le jour où l’on touche… les allocs ! Savoureux !

« Le Roi n’avait pas ri » de Guillaume Meurice

Ce roman historique donne la parole à Triboulet, le fou du roi le plus célèbre de notre Histoire de France, bouffon de Louis XII puis de François Ier. Le romancier nous livre un document réaliste, parfois truculent, sur la vie du peuple et les mœurs royales de l’époque. Sans donner dans la philosophie complexe, il nous livre quantité de réflexions concises sur le sens de la vie, sur la religion, et, surtout, sur la place et le pouvoir du rire dans une société autocratique.

« Chavirer » de Lola Lafon

Cléo, 13 ans, rêve de devenir danseuse. Elle tombe dans le piège d’un réseau de prédateurs sexuels, et, victime-coupable, y fait tomber d’autres jeunes adolescentes. La romancière présente son personnage de 13 à 48 ans, sans suivre l’ordre chronologique : le récit, éclaté, peut déconcerter. Mais les allers-retours analysent avec finesse les multiples facettes de la personnalité de Cléo qui, coupable, « chavire » mais ne sombre pas. Une écriture subtile qui évite le manichéisme et qui montre comment bourreaux et victimes peuvent devenir complices.